La charisme du Frère Coindre

 

LE CHARISME

DU PÈRE ANDRÉ COINDRE

René Sanctorum

 

 

I. LE CHARISME

 

Le charisme en général est un don de l'Esprit accordé à un membre de l'Eglise en vue du bien commun.

Quand on parle du charisme de notre Fondateur, il faut donc se demander ce que l'Esprit, à travers sa personne, son œuvre et ses disciples, accorde à l'Eglise (à commencer précisément par ses propres disciples). Je dis bien accorde et non pas "a accordé", car il faut bien se garder d'imaginer le charisme de fondation comme une impulsion donnée dans le passé et de croire que nous vivrions de cette impulsion originelle, comme celui qui joue à la glissoire et qui va d'autant plus loin que son élan initial a été plus fort. Non! La grâce du charisme de fondation est toujours nouvelle et nous est donnée à tous, tous les Frères de l'Institut et à tous ceux qui veulent vivre et travailler avec eux, non pas à titre individuel, mais dans la mesure où nous sommes reliés les uns aux autres.

 

 

II. LE CHARISME DU PÈRE COINDRE

 

Si le charisme pastoral du Père Coindre nous paraît évident, son charisme par rapport aux deux instituts qu'il a laissés paraît plus difficile à cerner.

1. Le charisme de la prédication.

C'est une évidence. Reprenons quelques traits de son histoire:

-          dès son grand Séminaire, il se fait remarquer par son éloquence religieuse et son désir de prêcher;

-          sitôt son ordination, en 1812, il suit un cours spécial d'éloquence et commence à prêcher;

-          il se sentait tout à fait à l'aise dans cette fonction, et tout le monde le confirmait dans ce sentiment (Cf. A. Coindre, Ecrits et Documents, 5: Œuvres oratoires, p.p. 246-7);

-          la grande activité de son existence a consisté dans les "missions" et les retraites;

-          il a fait partie d'une société de "missionnaires", les Pères de la Croix de Jésus (appelés Chartreux), de 1815 à 1822, a fondé à la demande de l'évêque de Saint-Flour et le Puy, la "Société des Prêtres missionnaires du Sacré-Coeur de Monistrol", en 1822, il a même été sur le point de fonder une deuxième société de missionnaires, à Lyon, à demande, retirée par la suite de l'Archevêque, Mgr de Pins, en 1824; il a également été sollicité pour une fondation analogue dans le diocèse de Dijon;

-          même après sa démission comme supérieur général des "Prêtres missionnaires", il leur a envoyé un projet de Statuts.

Ainsi, que le charisme pastoral du Père Coindre ait été la prédication, personne n'en doutait de son vivant, et les témoignages à ce sujet abondent.

2. Le charisme de fondateur

Mais qu'en est-il du Coindre fondateur des Sœurs de Jésus-Marie et des Frères du Sacré-Cœur?

La réponse est rendue difficile pour plusieurs raisons:

-          D'abord, le Père n'avait pas du tout, au départ, le projet de s'occuper des jeunes en détresse, à plus forte raison de fonder un ou des instituts pour les prendre en charge. On dirait que l'Esprit de Dieu l'a contraint à se charger d'une œuvre qu'il n'avait pas envisagée, qu'il n'a jamais bien maîtrisée dans son développement, qui a progressé au coup par coup selon les circonstances. Par exemple, on voit bien qu'André a d'abord cherché par tous les moyens à confier les jeunes délinquants ou abandonnés de Lyon à des organismes ou des communautés religieuses existants (V. le prospectus de 1818). Il est vrai que ces origines hasardeuses et aventureuses se retrouvent souvent dans des fondations de ce genre, mais cela ne vaut pas pour les "Prêtres missionnaires", par exemple.

-          Ensuite le Père n'a jamais vécu dans ses instituts, ni chez nos Sœurs de Jésus-Marie, ni chez les Frères. On n'a donc pas la situation d'identification de l'homme et de l'œuvre qu'on trouve par exemple chez Jean-Baptiste de la Salle ou le Père Champagnat.

-          Enfin sa mort prématurée l'a empêché d'élaborer une vision systématique, claire et complète de l'Institut, telle qu'il aurait pu l'envisager.

Ainsi, pour rejoindre le charisme de notre fondation, nous nous trouvons un peu démunis.

 

 

III. LE CHARISME DE NOTRE FONDATION

 

C'est en scrutant, tous ensemble, l'œuvre de notre Fondateur, depuis les origines jusqu'à nos jours, dans la prière et l'humilité, que nous pourrons peut-être obtenir quelques lumières. Le Père Dortel-Claudot n'affirme-t-il pas que "quand toute Congrégation, en fait demeurée fidèle au charisme de son fondateur, se réunit en Chapitre général pour dire avec des mots d'aujourd'hui quelque chose de ce charisme, elle y arrive nécessairement, à raison même de la fidélité de ses membres."

Que pouvons-nous donc dire de notre charisme?

1. D'abord quelques interrogations

a)      Au point de départ de notre fondation, l'épisode des deux petites filles abandonnées sous le porche de Saint-Nizier. Le geste du Père Coindre peut paraître de la simple pitié, voire l'effet-réflexe d'une sensibilité trop vive. Car il y avait tant de détresses à Lyon, à ce moment-là. Pourquoi s'occuper précisément de celle-là? D'ailleurs le Père ne sait même pas ce qu'il va faire de ces fillettes. Heureusement que Claudine Thévenet accepte de s'en charger! Mais on n'aperçoit pas la force intérieure qui motive le Père André, ni la trace d'un projet à long terme qui nécessiterait d'une part, la constitution d'un groupe de religieuses et de religieux pour ce temps-là et à plus forte raison pour les siècles à venir (bientôt deux siècles!), d'autre part, l'établissement d'institutions de plus en plus nombreuses et lourdes. Première interrogation.

b)      Quand on essaie de remonter aux origines de notre Institut, on bute toujours sur la quasi-exclusivité de l'action apostolique qui aurait été l'unique motivation de notre fondation. C'est bien ce que semble suggérer l'auteur de la "Vie du Père André Coindre": "Le Père Coindre résolut de fonder une société d'hommes prêts à consacrer son existence à l'éducation chrétienne des enfants. Il devait par là asseoir son œuvre sur des bases solides et durables." Si l'on s'en tient à cette explication (dont le vocabulaire trahit une formulation tardive de la fondation), où peut-on voir les traces d'une vie religieuse proprement dite et celles d'une spiritualité particulière? Deuxième interrogation.

c)      Enfin, on réduit souvent les débuts de l'Institut à une succession d'œuvres et d'institutions comme si la tâche éducative constituait le seul objectif des frères. Ainsi on résume l'action du Père Coindre en ces termes (profitons-en pour nous rappeler les grandes étapes de l'action du Fondateur):

-          en 1815, Le Père Coindre trouve deux fillettes abandonnées dans le porche de l'église Saint-Nizier; il les confie à des demoiselles pieuses, charitables, engagées;

-          en 1816, il fonde (c'est plutôt une refondation) la Pieuse Union pour les dames et les demoiselles dans le but de travailler au relèvement et à l'éducation des filles;

-          il fonde en 1817, la "Providence du Sacré-Cœur" pour sept petites filles et, un peu plus tard, pour cinq ou six garçons, la "Providence Saint-Bruno", pour leur donner une formation chrétienne et leur enseigner un métier. On y recevait des délinquants, des orphelins et d'autres enfants pauvres;

-          en 1818, il fonde la "Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie" pour s'occuper de la "Providence du Sacré-Cœur" (les Sœurs de Jésus-Marie);

-          à partir de 1821, il groupe et forme des hommes pour s'occuper du "Pieux-Secours", nouveau nom de la "Providence Saint-Bruno";

-          à partir de 1823, il fonde en milieu rural des écoles primaires gratuites;

-          enfin, en 1824, à Monistrol, est officiellement créé l'Institut des Frères du Sacré-Cœur, par la profession publique des premiers Frères, le 14 octobre.

Cette présentation suffit-elle à rendre compte des origines de l'Institut?

2. Une approche plus complète

a)      On a tendance à considérer le déclenchement de l'activité éducative du Fondateur selon un schéma simpliste. André Coindre se laisse toucher par le sort des deux fillettes de Saint-Nizier. En réalité, bien des passants, des prêtres peut-être, se sont aperçus du triste tableau. Pourquoi a-t-il réagi, lui? N'est-ce pas parce qu'il portait en lui un dynamisme spirituel, une mystique, nous disons une spiritualité, qui le poussait à la compassion et au geste concret de l'aide à plus pauvre que soi, si bien que la prise en charge des enfants abandonnés tire son origine d'une mise en œuvre de l'Evangile, mais vise aussi un objectif évangélique qui dépasse la solidarité pour englober aussi une "pastorale". Il y a donc deux choses dans l'action d'André: le dynamisme intérieur qui pousse à l'action et un projet d'avenir. On ne les voyait pas à regarder le geste du Père vis-à-vis des deux petites filles, mais on le comprend en réfléchissant. Coindre a voulu sauver des enfants de la rue, mais il a voulu aussi les ouvrir à l'amour de Dieu.

b)      Mais si on en reste là, on oublie encore une dimension, celle de la communauté du Père André. Contemplateur de Jésus en Croix, il a vécu la plus grande partie de ses années de prêtre dans la communauté des "Pères de la Croix de Jésus". Et nous savons depuis quelques années qu'il a été le coauteur des Statuts de cette société avec le Père de la Croix d'Azolette. Ainsi, c'est au cœur d'une communauté que la conscience évangélique de la compassion s'est éveillée en lui. Où commence vraiment l'action du Père Coindre? Au porche de Saint-Nizier? dans son cœur touché par la compassion du Christ? dans ses relations communautaires? Question vaine! Il s'agit d'un mouvement perpétuel dont l'origine est partout et la fin nulle part. Il en va comme de la circulation sanguine: faut-il commencer par le cœur, le cerveau ou les poumons? Partout à la fois. La spiritualité nourrit l'action mais elle nourrit aussi la vie communautaire. La vie communautaire pousse à l'action mais aussi à la contemplation. L'action renvoie à la spiritualité, mais mène à la communauté.

c)      De la même manière, la création de l'Institut, certes axée sur la sauvegarde et la promotion de l'enfance et de la jeunesse délaissées, ne se réduit pas au rassemblement d'un groupe d'hommes à des fins humanitaires et pastorales: c'est un projet global de vie religieuse.

Quand, en 1821, le Père songe à assurer la stabilité et la permanence de son œuvre, il entend bien fonder une communauté religieuse au sens le plus strict de ce terme. Du reste, on s'en rend compte lorsqu'il s'ouvre de son projet à ses collaborateurs du "Pieux-Secours". Seul les futurs Frères Xavier (Guillaume Arnaud) et Paul (François Porchet) acceptent d'entrer dans les vues du Fondateur, ce qui montre bien que la dimension de la vie consacrée et ses exigences avaient été nettement proposées.

La suite est encore plus claire. L'établissement de l'Institut s'effectue au terme d'une retraite et après l'émission des vœux à Fourvière (suivis de quelques semaines de formation à la vie religieuse). Dès ce moment, les Frères reçoivent un nom de religieux, une obédience, et se soumettent à l'autorité du Frère Borgia. Notre charisme comprend donc dès l'origine l'aspect communautaire. Certes le "Pieux-Secours" a été fondé en tout premier lieu, en 1818, sans projet de vie religieuse, mais l'Institut, lui,  commence plus tard, en 1821, fruit d'une interpellation particulière de l'Esprit et de la maturation d'un projet. D'ailleurs le Père André qui a passé beaucoup de temps avec les Religieuses de Jésus-Marie pour leur formation et qui leur a donné des Règles dès 1821, invite les Frères à se conformer à ce texte (dans une lettre au Frère Borgia du 3 novembre 1821), en attendant qu'il puisse rédiger "quand il aurait le temps de respirer", une version propre aux Frères. S'il veut une Règle pour ses Frères, c'est bien qu'il envisage la vie religieuse dans toute son expansion, et ce, dès le début.

Nous remarquons encore, dès le début également, l'insistance sur le caractère laïcal de l'Institut qui met l'accent sur la fraternité, et une fraternité fondée sur la simplicité et la proximité. Il refuse toute distinction entre les Frères, quelles que soient leur origine et la tâche (manuelle ou éducative). S'il demande à des Frères, parfois, de participer à l'une ou l'autre de ses missions, c'est au titre de catéchistes pour les enfants, mais jamais il n'envisage d'en faire les coadjuteurs des "Prêtres Missionnaires". Au contraire, il avait prévu pour ceux-ci la création de frères coadjuteurs pour les aider dans les tâches matérielles, mais il ne s'agissait pas de nos Frères. Il les appelle "Frères Servants" dans les Statuts pour les Missionnaires du Sacré-Cœur de Monistrol.

On peut ajouter également qu'André Coindre a voulu dès le début "assurer à ses disciples toutes les garanties d'une direction donnée par un homme qui connût parfaitement et leur genre de vie et leurs véritables intérêts" et "il déclara qu'après sa mort et celle de son frère {…}, ils ne devraient plus avoir d'ecclésiastiques à leur tête" (Vie du Père André Coindre, p. 115), mais un frère pour sauvegarder l'esprit de leur Institut.

Très tôt encore (1824), il leur confie la gestion des biens de la communauté et des institutions, leur faisant toute confiance pour la conduite des affaires.

Enfin ses Lettres manifestent un souci constant de l'unité des Frères, de la simplicité de leurs relations et d'une délicatesse envers tous, qui évite toute charge excessive, toute réglementation inutile ou tatillonne, toute sévérité "gratuite".

Quant à la spiritualité du Cœur de Jésus on la trouve aussi, dès les origines, mais il faut le dire, d'une manière beaucoup plus discrète et diffuse. Il existe  quand même, dans les Notes de prédication..., de très belles pages sur la contemplation de Jésus en croix (dans le style de l'époque, naturellement). Mais je soulignerai surtout le fait que, dans les Lettres, on constate une grande compassion et pour les Frères et pour les jeunes: la correspondance avec le Frère Borgia est significative sur ce point. Je me permets d'y renvoyer encore. On y constate que notre Père avait le cœur ouvert à tous, qu'il se réjouissait des joies de chacun, s'attristait de ses peines, qu'il exhortait et encourageait toujours, invitait à la douceur, à la patience et à une tendre affection. La biographie offre maints exemples d'actions concrètes qui vont dans ce sens.

Ainsi, il a donné au groupe des Frères qu'il a lancés une impulsion très forte: de ce charisme est né l'Institut, qui tâche et tâchera, nous l'espérons, de se garder dynamiquement fidèle à son Fondateur.

 

 

III. UN BILAN

 

Pouvons-nous esquisser une rapide synthèse à partir des réflexions précédentes?

Le charisme des Frères du Sacré-Cœur pourrait donc se définir, à mon sens, par trois points d'ancrage:

-          une communauté de frères laïcs aux relations simples et fortes;

-          animée par une spiritualité du Cœur de Jésus, icône de l'amour du Père;

-          et consacrée à une tâche d'évangélisation destinée en priorité aux plus pauvres (abandonnés, orphelins, miséreux, délinquants) et s'exprimant dans une tâche de formation et de promotion humaine.

Si une de ces trois dimensions manque ou s'efface, nous sommes infidèles au charisme. "Malheur à nous, si nous n'évangélisons pas", pourrions-nous dire avec Saint Paul. Mais aussi malheur à nous si nous faisons la sourde oreille au cri des pauvres auxquels nous sommes envoyés. Malheur à nous si nos liens se distendent ou si l'indifférence ou la zizanie rongent nos relations. Et malheur à nous si nos cœurs –sur le plan personnel et sur le plan de la communauté– ne s'enracinent plus dans le terreau de l'amour du Père manifesté symboliquement dans l'icône de Jésus au cœur ouvert.

Mais on peut s'imaginer bien loin de la communauté primitive, rassemblée par André Coindre. En effet, tout institut, pour garder la mémoire de ses origines, se préserver de l'arbitraire, et, par là, assurer sa fidélité au charisme et le transmettre aux générations suivantes, "s'institutionnalise" plus ou moins fortement, c'est-à-dire codifie ses manières de comprendre, de sentir et de vivre sa spiritualité, ses relations et son action. Ainsi la vie communautaire se structure-t-elle autour du service de l'autorité et de la reconnaissance des droits et des devoirs réciproques des Frères (c'est son témoignage). La spiritualité se définit dans une règle de vie et une tradition (c'est le message proclamé). L'activité apostolique suscite des œuvres, c'est-à-dire des institutions repérables incarnées dans des bâtiments, des pouvoirs, des services, des fonctionnements, des situations d'interdépendance (ainsi est assuré un service efficace ou, au moins, une fécondité spirituelle).

Cette cristallisation de l'élan primitif assez informel est indispensable à la survie et au développement. Elle permet la visibilité sociale du groupe religieux et favorise donc son témoignage évangélique, son efficacité apostolique, sa stabilité communautaire.

Mais il faut aussi être conscient du risque que représente cette structuration. Toute institution, en effet, a tendance avec le temps, à perdre de vue l'objectif de sa création et à viser sa propre conservation et son propre développement. C'est une loi sociologique. Ainsi l'institution scolaire peut se centrer davantage sur les intérêts des professeurs que sur ceux des élèves, les syndicats en arrivent à fonctionner surtout pour les responsables syndicaux, les partis politiques n'agissent que pour sauvegarder et élargir leur électorat, etc.

Le danger menace aussi notre Institut.

1)      La communauté vivante des Frères tend, de son propre poids, à se dissoudre et à ne laisser subsister que les relations d'autorité et les structures qui assurent la satisfaction des besoins des frères à la recherche de sécurité, du confort et du bien-être (c'est l'embourgeoisement: on passe de la communauté à la société).

2)      Le témoignage évangélique devient formel: nous offrons une vitrine qui présente une certaine image de l'amour de Dieu en Jésus-Christ. Mais précisément, la vitrine est une vitre qui empêche le passage; en fait, la vitalité évangélique peut s'être bien amenuisée (la Règle devient "les" règles et même parfois les règlements).

3)      Enfin, l'activité apostolique risque de confondre efficacité et rendement, réussite de la vie et réussite dans la vie, lutte et agressivité, renommée et triomphalisme (les œuvres deviennent des entreprises: ça tourne! Un Frère engagé dans une grande école répondait à ma question: "Alors, comment ça va?" par l'expression: "Ça usine!")

C'est dire la nécessité d'un discernement de tous les instants.

 

 

CONCLUSION

 

Il est- toujours nécessaire de raviver (ou de retrouver) notre charisme. Il nous faut donc, d'une part, retrouver, "le chemin de notre cœur". Car le charisme, redisons-le est une grâce pour nous, tous ensemble, aujourd'hui, les Frères et leurs compagnons laïcs, hommes et femmes partageant leur esprit, leur travail et leur vie.

Il est nécessaire, d'autre part, de revenir par l'histoire, à nos origines premières, mais aussi d'examiner comment, au cours des âges, nos ancêtres de l'Institut ont relu et réinterprété le charisme. Cette démarche historique nous présente des critères pour discerner la valeur de ce que nous découvrons en nous-mêmes comme étant notre charisme. Elle vérifie notre "mémoire"; elle l’authentifie. Ainsi avons-nous intérêt à relire, avec foi et humilité, les moments-clés de notre existence d'Institut (par exemple l'envoi de nos premiers Frères aux Etats-Unis en 1846, l'attitude des Frères de France lors de leur dispersion en 1903, la fondation de telle mission ou de tel secteur de l'Institut, les réponses données à des besoins urgents et importants ici ou là et, d'abord, d'une façon spéciale, la vie et l'action des Frères Xavier –le Sauveur de l'Institut–  et du Frère Polycarpe, dans la mesure où les contemporains ont vu en lui "le second Fondateur de l'Institut".

Enfin, il convient de nous rendre et de demeurer profondément solidaires du monde des hommes qui nous entoure aujourd'hui. Le charisme est un don pour l'Eglise d'aujourd'hui, au service du monde d'aujourd'hui. Comment accomplir notre mission dans cette Eglise et dans ce monde si nous vivons à l'écart des véritables conditions des hommes, à l'écart de leurs soucis, de leurs angoisses, de leurs détresses, de leurs espoirs, de leurs luttes?

Au nom de la fidélité au charisme de fondation reçu de l'Esprit de Dieu par le Père André Coindre, nous sommes appelés à une perpétuelle conversion.